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Désherber le maïs sans chimie

Les herbicides du maïs sont régulièrement retrouvés dans nos analyses d’eau. Pour y remédier, le désherbage mécanique constitue une alternative crédible. Ainsi, depuis deux ans, les agriculteurs qui le souhaitent peuvent tester gratuitement sur quelques hectares les matériels mécaniques disponibles localement.

C’est à l’initiative du Groupement des agriculteurs biologiques (G.A.B.) et en partenariat avec la Chambre d’agriculture du Morbihan, que le Syndicat du Scorff propose aux agriculteurs du bassin de s’initier aux différentes techniques de désherbage mécanique du maïs. Le principe est simple : les producteurs sont invités à s’inscrire chaque printemps pour participer à l’opération. Il ne s’agit chaque fois que d’expérimentations, à petite échelle : un maximum de 5 hectares par exploitation. La Chambre d’agriculture et le G.A.B. s’assurent de la mise à disposition du matériel et d’un chauffeur.

Deux passages de matériels différents sont proposés aux agriculteurs participants. En dernier recours, si l’un ou l’autre des passages mécaniques ne donne pas satisfaction, ou si la météo ou un problème d’organisation n’a pas permis d’intervenir à temps, un rattrapage en chimie reste autorisé.

Préalables :

Le désherbage mécanique nécessite des pratiques culturales visant à limiter la pression adventice :

  • rotation des cultures évitant les alternances courtes de blé et de maïs : un précédent en prairie permet au contraire de diminuer la pression adventice ;
  • réalisation de faux semis puis passage d’un outil à dent avant le semis du maïs ;
  • choix variétal privilégiant une bonne vigueur au démarrage ;
  • bonne condition d’implantation des semences (densité, homogénéité, conditions climatiques favorables…).

Choix du matériel :

Il se fait en fonction de plusieurs critères :

  • type de sol ;
  • largeur du semis ;
  • puissance du tracteur utilisé ;
  • disponibilité (sachant les fenêtres d’intervention permises par la météo printanière sont souvent courtes) ;
  • stade de développement de la culture à désherber (ici le maïs) et des adventices.

Matériels disponibles :

Dans le cadre de l’expérimentation menée depuis deux campagnes agricoles sur le Scorff, le premier passage, quand il est possible, est assuré avec une houe rotative, dont voici les caractéristiques techniques :

  • principe : « picote » le sol / passage en plein ;
  • stade optimal du maïs : en pré-levée et jusqu’à 4 feuilles ;
  • stade des adventices : jusqu’à une feuille ;
  • débit de chantier : 5 hectares / heure ;
  • intérêt agronomique : permet de décroûter le sol et donc de l’aérer (améliore la vie du sol et la minéralisation des matières organiques) tout en limitant l’évaporation de l’eau.

Houe rotative en action

Au-delà d’une certaine hauteur végétale, il faut intervenir en hersage, soit avec une herse étrille, soit avec une bineuse.

Les caractéristiques du hersage à l’aide d’une herse étrille sont les suivantes :

  • principe : peigne le sol / passage en plein ;
  • stade du maïs : prélevée, puis de 3 à 6 feuilles ;
  • stade des adventices : jusqu’à 3-4 feuilles ;
  • débit du chantier : 30 minutes / hectare ;
  • intérêt agronomique : idem houe rotative.

Les caractéristiques du hersage à l’aide d’une bineuse sont enfin les suivantes :

  • principe : bine sur l’inter rang ;
  • stade du maïs : jusqu’à 9-10 feuilles (au-delà, le maïs devient cassant) ;
  • débit du chantier : 2 à 2,5 hectares / heure sur 6 rangs ou 0,8 à 1,2 hectares / heures sur 4 rangs ;
  • intérêt agronomique : idem houe et herse / destruction des adventices jusqu’à des stades avancés / buttage du maïs.

Premiers essais :

En 2008 et 2009, 15 à 20 agriculteurs ont chaque fois pu bénéficier d’un à deux passages, d’abord de houe (9 utilisateurs en 2009), puis de bineuse (6 utilisateurs). Et ce sont en tout 70,5 hectares qui ont été désherbés mécaniquement à l'été 2009.

Les difficultés rencontrées pour aller plus loin restent de 3 ordres :

  • le manque de matériel et de chauffeur disponibles : il faudrait que se développent les acquisitions au sein des CUMA et ETA pour permettre notamment le passage en houe rotative de façon précoce ;
  • le stade du maïs et des adventices : cela conditionne le type de matériel à employer, et renvoie au problème de disponibilité ;
  • les contraintes propres au sol, à la météo et à l’implantation du maïs, qu’il faut connaître le mieux possible avant d’intervenir.

Le technicien du G.A.B. 56 assure le suivi technique
de chaque passage de matériel sur parcelle

Si ces premiers essais sur le Scorff semblent prometteurs, ils nécessitent que l’ensemble des acteurs concernés se mobilise avant la prochaine campagne pour garantir une meilleure organisation et une plus grande efficacité.

Le plan « Ecophyto 2018 », dans la droite ligne des conclusions du Grenelle de l’Environnement, envisage une réduction de moitié des usages de pesticides en France. C’est donc dès maintenant qu’il faut imaginer les solutions sans chimie !